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« Diversité culturelle et le service social : Une réussite (2007) »
Lynn Dykeman
C'est avec une certaine appréhension que j'ai rencontré Ahmed (le nom a été changé pour raisons de confidentialité) pour la première fois. Quelques jours plus tôt, il était allé voir son médecin de famille et en était pratiquement arrivé aux coups. Il avait besoin qu'on lui remplisse un formulaire indiquant qu'il n'était pas apte au travail, car c'était la seule façon pour lui de pouvoir s'occuper de sa famille; sinon, ses prestations d'aide sociale allaient être réduites.
Je suis travailleuse sociale au sein d'une équipe de soins de santé multi-disciplinaire, et j'avais été contactée par le médecin de famille après son rendez-vous avec Ahmed. Ayant travaillé auparavant avec d'autres réfugiés kurdes, je savais que le comportement de Ahmed était plus attribuable au SSPT qu'aux troubles de la personnalité qui sont habituellement diagnostiqués par erreur dans pareils cas. Lorsque j'ai commencé mon travail avec lui, il était important d'être sensible au sentiment qu'ont les Kurdes d'être abandonnés par la communauté internationale.
L'histoire poignante de Ahmed a révélé que lui et son épouse avaient obtenu leurs papiers de réfugiés pour venir au Canada après avoir passé des moments particulièrement traumatisants dans un camp de réfugiés turc. Leur fille était née juste avant leur départ. On leur avait conseillé d'immigrer, en leur disant que le bébé suivrait peu de temps après, mais le bébé n'est jamais arrivé. Une communauté religieuse avait pris leur défense; mais les parents ont finalement été informés que leur bébé était décédé.
La situation était alors désespérée pour Ahmed et sa famille. Un de ses fils souffrait d'un trouble obsessif-compulsif et un autre avait un sérieux problème d'apprentissage. Quand j'ai fait connaissance de sa femme enceinte, je n'ai pu que constater que Ahmed avait réellement besoin de rester à la maison pour s'occuper de ses quatre fils survivants. Sa femme, pratiquement catatonique dans sa dépression, semblait vivre enfermée dans son propre monde.
Cette famille avait besoin de toute une gamme de services d'assistance. Il était essentiel que des fournisseurs de services sensibles à leur culture leur apportent des conseils spécialisés et les aident à accéder aux ressources communautaires. Le système de prestation de services sociaux devait être utilisé d'une manière qui ne soit pas punitive mais qui reconnaisse les besoins particuliers de cette famille.
Les travailleuses et travailleurs sociaux du centre de maternité, de la clinique des troubles de l'humeur et des soins primaires allaient devenir des éléments de l'équipe de traitement. Il a été nécessaire de tenir des conférences de cas avec un travailleur social jouant le rôle de coordonnateur afin que tous les éléments collaborent dans un même but, à savoir, le bien-être de la famille tout entière. Des services de counseling, de défense des droits, et des ressources concrètes ont été obtenus pour la famille.
Le traitement de la femme et du fils de Ahmed à la clinique pour troubles de l'humeur a été très utile; Ahmed a reçu des services de counseling individuels d'une travailleuse sociale qui lui a laissé le temps d'exprimer sa colère et de surmonter le traumatisme extrême que lui et sa famille avaient connu. Cela l'a aidé à se sentir appuyé par le système canadien.
Maintenant, quand je vois Ahmed et ses enfants, il m'accueille avec un grand sourire. Son cinquième enfant, qui est une fille, grandit normalement. La famille a pu lui donner un nom, ce qui n'est pas permis en Turquie. Nous organisons actuellement des réunions avec les réfugiés kurdes pour mettre sur pied un groupe pour les mamans et leurs filles, afin de les aider à obtenir des soins de santé et des services sociaux; cela est difficile pour une culture où beaucoup de femmes sont analphabètes. La gestion de cas, les plans de counseling individualisé, l'accès aux ressources communautaires et plusieurs conférences de cas ont fait que ce qui aurait pu être un moment d'explosion de rage a donné lieu à des relations continues et gratifiantes entre une famille et une clinique.
Lynn Dykeman, MSS, TSI, est travailleuse sociale à l'équipe santé familiale de McMaster.
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