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Les travailleuses et travailleurs sociaux... sont des chefs de file de la réconciliation

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Depuis des dizaines d’années, le travailleur social autochtone Steven Wayne Koptie est une force transformatrice à l’échelle de l’Ontario, œuvrant dans des domaines comme le développement communautaire, la santé mentale, la formation en service social et la protection de l’enfance. Sa carrière témoigne tant des injustices systémiques que vivent les communautés autochtones que de la persévérance inébranlable nécessaire pour les contrer.

Steve considère que son parcours s’insère dans un mouvement élargi de praticiennes et praticiens autochtones ayant exercé leur profession dans des établissements qui n’ont jamais été conçus pour tenir compte de leur peuple. « Nous évoluons dans l’ombre de géants », fait-il remarquer, soulignant que l’éducation dans l’enfance et les cadres politiques ont souvent négligé l’histoire coloniale et favorisé les stéréotypes.

Steve est entré dans le domaine à la suite de circonstances fortuites. Ayant étudié au départ en psychologie industrielle, il a trouvé un emploi à titre de travailleur en assistance sociale qui a réorienté son cheminement. Ce rôle l’a mis face aux répercussions de la restructuration économique et de la négligence systémique sur le plan humain à une époque où les banques alimentaires n’existaient pas. Ayant été directement témoin des difficultés des familles qui perdent leurs moyens de subsistance, il a acquis une profonde compréhension de la façon dont les décisions politiques dictent la survie des êtres humains.

Tout en procédant à son travail de défense, Steve était confronté à un racisme flagrant dans les milieux professionnels. Qu’il s’agisse d’avoir été interrogé sur son identité dans le cadre d’entrevues ou d’avoir subi du harcèlement qu’il qualifie gracieusement d’« impolitesse » au travail, ces expériences ont fortifié sa détermination à combattre les préjugés profondément enracinés.

Un moment déterminant est survenu à Toronto dans les années 1980 alors qu’il travaillait dans le domaine de la protection de l’enfance. À la suite de l’adoption d’une nouvelle loi qui reconnaissait enfin le droit des Autochtones aux consultations communautaires, le fait que Steve ait insisté pour le respect de ces droits a provoqué la résistance de la direction et il a perdu son emploi. Bien qu’il ait entamé une poursuite en matière de droits de la personne, cette épreuve a fait ressortir l’énorme difficulté de démanteler la discrimination institutionnelle.

Nullement dissuadé pour autant, Steve est retourné aux études dans la cinquantaine, devenant titulaire de deux diplômes d’études supérieures. Une telle réussite était une réplique directe à l’endroit d’un ancien enseignant qui lui avait affirmé qu’il n’était pas « assez intelligent » pour obtenir une maîtrise en travail social. La publication de ses travaux universitaires a permis d’intégrer des perspectives autochtones essentielles au sein du milieu universitaire.

Un élément fondamental de la philosophie de Steve est « l’excès d’impuissance » — un concept du théoricien Michael Lerner qui décrit la façon dont les groupes marginalisés intériorisent les limitations que leur imposent le système. Selon Steve, la seule façon de briser ce cycle est de reconquérir sa propre voix. Dans le contexte de la réconciliation, il prône un changement fondamental de l’optique des praticiennes et praticiens : ils ne doivent plus demander « Quel est votre problème? », mais plutôt « Qu’est-ce qui vous est arrivé? ». Une telle approche sensible aux traumatismes exige de comprendre l’héritage des pensionnats et des déplacements inhérents au système.

À titre de travailleur social qui veille au mieux-être mental de la Première Nation de Wasauksing, Steve préconise l’équité structurale, particulièrement en ce qui a trait à l’extraction des ressources sur les territoires autochtones. Champion du principe « Aucun développement économique sans développement social », il revendique que la richesse issue des terres autochtones profite directement aux communautés qui y vivent.

Aujourd’hui, Steve insiste sur l’importance du mentorat et de la représentation, exhortant les universités à intégrer les savoirs autochtones et à soutenir les étudiants grâce aux conseils des aînés. Bien qu’il soit témoin des traumatismes et de l’inertie institutionnelle depuis des dizaines d’années, Steve garde espoir, encouragé par le leadership des femmes et des jeunes autochtones.

Pour Steve, le travail social est une pratique de solidarité. Son message aux travailleuses et travailleurs sociaux est sans équivoque : la réconciliation ne passe pas uniquement par le leadership autochtone, mais par des alliés soucieux d’affronter des vérités dérangeantes et de travailler collectivement en vue de la justice.

 

"Un élément fondamental de la philosophie de Steve est « l’excès d’impuissance » — un concept du théoricien Michael Lerner qui décrit la façon dont les groupes marginalisés intériorisent les limitations que leur imposent le système. Selon Steve, la seule façon de briser ce cycle est de reconquérir sa propre voix. Dans le contexte de la réconciliation, il prône un changement fondamental de l’optique des praticiennes et praticiens : ils ne doivent plus demander « Quel est votre problème? », mais plutôt « Qu’est-ce qui vous est arrivé? ». Une telle approche sensible aux traumatismes exige de comprendre l’héritage des pensionnats et des déplacements inhérents au système."


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