Longtemps avant de devenir clinicienne, éducatrice ou conseillère, Catherine Chan a appris
ce que veut dire prendre soin des autres en tenant simplement compagnie à des personnes qui
se sentaient invisibles. Alors qu’elle avait 12 ans, elle a fait du bénévolat dans une
résidence pour personnes âgées, passant du temps avec des résidentes et des résidents qui
voulaient non seulement de l’aide, mais également de la compagnie.
L’expérience l’a marquée, façonnant sa perception des soins, de la dignité et des liens
avec autrui : ce n’est pas tant une chose que l’on apporte, mais plutôt à laquelle on participe.
« Je peux encore voir les grands-mamans, les grands-papas me regarder avec amour, avec un
besoin profond d’attention, d’aide concrète, mais aussi celui de se faire entendre. »
Des dizaines d’années plus tard, cette expérience précoce continue de modeler la façon dont
Catherine aborde le travail social. Pendant plus de 40 ans de pratique (à titre de
clinicienne, éducatrice, leader et conseillère), elle est demeurée convaincue que
le véritable soutien commence par la présence.
Une grande partie du travail de Catherine a consisté à appuyer des personnes et des familles
face à la mort, à la fin de vie et au deuil — des situations que de nombreuses travailleuses
et nombreux travailleurs sociaux rencontrent dans leurs milieux de travail, mais pour
lesquelles ils se sentent souvent mal préparés. Pour Catherine, la difficulté n’est pas
seulement une question de compétences ou de connaissances, mais bien de la manière
d’être auprès des gens dans des moments de profonde vulnérabilité.
« Je crois que le plus beau cadeau que nous pouvons faire à nos clients est celui de la présence. »
Cette perspective a guidé son travail clinique, son enseignement et sa collaboration
de longue date avec l’équipe du perfectionnement professionnel de l’ATTSO. Grâce à cela,
Catherine a contribué à la conception de cours sur le counseling adapté à la culture en
matière de deuil, de soins palliatifs et de lutte contre le racisme anti-asiatique —
attirant l’attention sur les façons dont la culture, la famille, la migration et le racisme
influent sur les expériences liées à la maladie et à la perte.
L’enseignement de Catherine souligne que l’on ne vit jamais le deuil en vase clos.
Les valeurs culturelles influencent la manière de comprendre, d’exprimer et de vivre une perte,
alors que le racisme systémique peut créer des obstacles supplémentaires aux soins,
précisément au moment où les gens sont le plus vulnérables.
En enracinant le perfectionnement professionnel dans les expériences vécues et le contexte
culturel, Catherine a aidé les travailleuses et travailleurs sociaux à réfléchir plus
profondément à leur pratique et à mieux appuyer les communautés qu’ils servent.
En plus de sa pratique et de son rôle d’enseignante, elle a aussi contribué à la profession
par son travail consultatif et à travers ses efforts axés sur l’équité auprès de l’ATTSO.
Elle compare cette collaboration à une relation : un espace où se rencontrent apprentissage,
responsabilité et partage.
Pour Catherine, l’ATTSO est un lieu d’encouragement et d’ancrage professionnel, moins un
établissement qu’un retour chez soi.
Évoquant sa carrière, Catherine se souvient avoir été mise en garde très tôt contre
la charge émotionnelle du travail social. On lui disait qu’on a une « capacité limitée
à donner de l’amour ». Elle a écouté. Elle a réfléchi. Et elle a décidé de continuer.
« Me voici après 40 ans, et je suis encore là. Je suis fière d’être une travailleuse sociale
et je suis fière d’aider la prochaine génération. »
Catherine attribue sa longévité dans la profession à sa capacité à prendre soin d’elle-même,
et à prendre soin de ses collègues.
« Nous devons prendre soin de nous-mêmes à titre de travailleuses et travailleurs sociaux,
et nous devons prendre soin les uns des autres. Il y a toujours un siège à la table quand
notre cœur est à la bonne place et que nous poursuivons notre travail avec soin, passion
et espoir. »
Alors que la Semaine du travail social invite à réfléchir à la portée de la profession,
l’histoire de Catherine Chan nous rappelle que le travail social ne se limite pas à des
politiques, des cadres ou des interventions. La présence, l’humilité et l’espoir en
font partie intégrante.
Sa carrière témoigne de ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les soins sont dispensés
avec intention — au fil du temps, au sein des communautés et durant les moments les plus
difficiles de la vie.